Dans l’édition du 10 novembre 1900 de l’hebdomadaire viennois Die Zeit, une biographie détaillée d’Arthur Rimbaud est publiée sous la plume de Karl Eugen Schmidt (1866-1953)*. Cette biographie semble surpasser celle de Paterne Berrichon, et fait suite à l’article d’Oscar Panizza paru le 1er octobre 1900 dans le Wiener Rundschau, qui mettait l’accent sur une analyse psychologique des troubles moraux du poète.

Les lignes dédiées au séjour viennois de Rimbaud, bien que rédigées 24 ans après son passage dans la capitale austro-hongroise, méritent attention :
«…Indessen hielt es hier schwer für ihn, Leib und Seele bei sammen zu halten, und wie ein Engel vom Himmel erschien ihm in dieser Noth ein Werber, der Soldaten für die spanischen Carlisten suchte.
Rimbaud ließ sich anwerben, sobald er aber das Handgeld in der Tasche hatte, setzte er sich auf die Eisenbahn und fuhr nach Paris, wo er mit dem spanischen Gelde eine kurze, aber heftige Orgie feierte.
Als das Geld alle war, machte Rimbaud sich wieder auf den Weg nach der Heimat, nach dem sichern Hafen, der ihn nach jeder stürmischen Reise gastlich aufzunehmen bereit war. Kaum war der Frühling des Jahres 1876 erschienen, so litt es unsern Abenteurer nicht mehr in Charleville. Frau Rimbaud ließ sich dieses mal erweichen, ihren Geldkasten zu öffnen, und Arthur nahm den Zug, der ihn zunächst nach Wien bringen sollte, von wo er das Schwarze Meer und Asien zu erreichen gedachte.
Aber wieder ver folgte ihn das Unglück, das ihn schon das letztemal zur Rückkehr gezwungen hatte. In Wien freundete er sich sofort mit dem Kutscher an, der ihn vom Bahnhof ins Gasthaus bringen sollte, und der Fiaker führte ihn zu einer Bande Spitzbuben, die den Fremdling betrunken machten, um ihm seine Barschaft abzunehmen. Ohne Mittel durchstreifte er die Straßen Wiens, mitunter arbeitend, häufiger bettelnd. Schließlich gerieth er mit der Polizei in Conflict und wurde per Schub an die deutsche Grenze gebracht. Die heilige Brüderschaft des Deutschen Reiches nahm ihn in Empfang und be förderte ihn gleich weiter bis zur französischen Grenze, von wo er wieder zu Fuß heimwanderte.»

Screenshot
(A Marseille) … il lui était difficile ici de maintenir son corps et son esprit unis, et comme un ange tombé du ciel, un recruteur cherchant des soldats pour les Carlistes espagnols lui est apparu dans sa détresse. Rimbaud s’est laissé enrôler, mais dès qu’il a eu l’avance en poche, il a pris le train pour Paris, où avec l’argent espagnol, il a célébré une courte mais intense orgie.
Lorsque l’argent a été dépensé, Rimbaud a de nouveau pris le chemin du retour vers le port sûr de Charleville, qui était toujours prêt à l’accueillir chaleureusement après chaque voyage tumultueux.
À peine le printemps de l’année 1876 était-il arrivé que notre aventurier ne pouvait plus endurer Charleville. Cette fois, Madame Rimbaud a été persuadée d’ouvrir sa bourse, et Arthur a pris le train qui devait d’abord l’emmener à Vienne, d’où il espérait atteindre la mer Noire et l’Asie.
Mais une fois de plus, la malchance qui l’avait déjà forcé à retourner la dernière fois l’a suivi.
À Vienne, il s’est rapidement lié d’amitié avec le cocher qui devait le conduire de la gare à l’hôtel, et le fiacre l’a emmené chez des complices qui ont enivré l’étranger à peine débarqué pour lui voler son argent comptant. Sans ressources, il a erré dans les rues de Vienne, parfois travaillant, souvent mendiant.
Finalement, il est entré en conflit avec la police et a été expulsé vers la frontière allemande. La «Fraternité sacrée du Reich allemand» l’a pris en charge et ui a permis d’atteindre la frontière française, d’où il est retourné à pied chez lui.”
La vie aventureuse de Karl Eugen Smith est très curieuse : Il commença par voyager en Poméranie et aux Pays-Bas]. En 1884, il émigra à 18 ans en Angleterre et travailla pendant un an comme savonnier à Londres. L’année suivante, il prit un bateau pour le Queensland en Australie. Il y resta quatre ans, travaillant comme savonnier, boucher, cuisinier, gardien de chevaux et charretier, mais il était surtout actif comme chercheur d’or. En 1889, à Townsville, il s’est fait recruter comme marin sur un petit voilier allemand. Il s’est enfui lors d’un séjour aux îles Samoa et s’y est caché pendant quatre semaines sur l’île d’Upola…