La récente découverte faite par les archivistes des Archives de Vienne d’un article publié le mardi 29 février 1876 par le Fremden-Blatt, supplément du Morgen-Blatt, apporte des informations précieuses et jusqu’alors inconnues sur le séjour d’Arthur Rimbaud à Vienne. Ce journal, destiné à informer la vaste communauté d’étrangers et de visiteurs de la capitale de l’Empire austro- hongrois, constitue une source de première main pour comprendre les circonstances de l’épisode viennois du poète. Voici la translittération et la traduction littérale du texte de l’article :
«*(Abenteuer eines Franzosen.) Der Bewölbewächter FUCHS bemerkte Samstag nachts in der Maximilianstrasse einen jungen, elegant gekleideten Mann, der anscheinend den besseren Ständen angehörte, wie er mit einem mehrläusigen Revolver in der Hand daherwankte. Er hielt ihn deshalb an und übergab ihn einem Sicherheitswachmann, der ihn aufs Polizeikommissariat in der Stadt eskortierte. Der Fremde, der nur Französisch sprach, war im Besitze einer Schachtel mit Revolverpatronen. Er gab an, Arthur Rimbaud zu heißen, verweigerte aber jede weitere Auskunft betreffs seines Nationalen.
Die mittler-weile gepflogenen Erhebungen stellten fest, dass der Angehaltene ein Sprachlehrer, 22 Jahre alt, aus Charleville geboren ist und über Straßburg nach Wien gereist sei, um von hier in die Türkei zu gehen. Rimbaud bemerkte, dass es ihm nichts um die Ausführung eines Selbstmordes zu tun gewesen, er // sei dadurch in arge Verlegenheit geraten, dass ihm Samstag Nachts in einem öffentlichen Unterhaltungsorte seine Ersparnisse in der Höhe von 500 Francs gestohlen wurden. Den Revolver führte er nur zu seinem persönlichen Schutze bei sich.»
«Une mésaventure d’un Français. Samedi soir, dans la Maximilianstrasse, le gardien de la voûte FUCHS a remarqué un jeune homme élégamment habillé, qui semblait appartenir à la haute société, chancelant avec un revolver à barillet en main. Il l’a donc interpellé et remis à un agent de sécurité qui l’a escorté au commissariat de police de la ville. L’étranger, qui ne parlait que français, possédait une boîte de cartouches pour son revolver. Il s’est identifié comme étant Arthur Rimbaud mais a refusé de donner plus d’informations sur sa nationalité.
Les enquêtes ultérieures ont révélé que la personne arrêtée était un professeur de langues, dans sa 22e année, né à Charleville et ayant voyagé via Strasbourg à Vienne, avec l’intention de se rendre en Turquie depuis cette ville. Rimbaud a précisé qu’il n’avait pas l’intention de se suicider, mais qu’il s’était trouvé dans une grande détresse après que ses économies de 500 francs lui eurent été dérobées samedi soir dans un lieu public de divertissement. Il portait le revolver uniquement pour sa protection personnelle.»







Le journal destiné à la communauté étrangère résidant dans la capitale de l’Empire Austro- Hongrois, Fremden-Blatt, dans son édition du mardi 29 février 1876, a publié un article révélateur, rédigé le lundi 28 février 1876, sur une arrestation survenue le samedi 26 février.
Cet article de journal, s’appuyant sur le procès-verbal du veilleur de nuit (Bewölbewächter) Fuchs, offre des détails précieux sur la présence d’Arthur Rimbaud à Vienne.
Selon le rapport, Rimbaud, élégamment vêtu, laissant présager son appartenance à une classe sociale élevée, a été intercepté en errant dans la ville, un revolver à barillet en main. Le comportement du poète a rapidement capté l’attention de Fuchs, probable source principale des informations rapportées.
Il est mentionné que Rimbaud feignait de ne parler que français, un stratagème destiné, semble- t-il, à dissimuler sa nationalité. Malgré son arme, il n’avait, apparemment, pas d’intentions suicidaires, mais paraissait plutôt désespéré, probablement à la poursuite des voleurs qui lui avaient dérobé une somme considérable.
Le vol, d’une valeur de 500 francs-or, correspond aujourd’hui à environ 2500 à 5000 euros, soulignant à la fois l’ampleur de la perte et suggérant l’exceptionnelle générosité de sa mère.
L’incident s’est produit près de la Maximilianstraße, aujourd’hui Mahlerstraße, située au cœur de Vienne, non loin de la Kartnerstrasse, un lieu mentionné par Rimbaud sur une carte conservée au musée de Charleville.
La nature exacte du lieu du vol reste vague, décrite simplement comme un “lieu de divertissement public”, ce qui pourrait indiquer l’Opera d’État de Vienne (inauguré en 1869), un simple Diorama, une attraction foraine, un bal public, voire une maison close.
Ces révélations apportent un nouvel éclairage sur le séjour de Rimbaud à Vienne, d’une durée d’environ deux mois. Les voleurs semblent n’avoir emporté que de l’argent, contrairement aux suppositions de Verlaine, laissant les autres biens de Rimbaud intacts.
Cet article, riche en détails et implications, éclaire une période jusqu’alors peu connue de la vie d’Arthur Rimbaud.
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