
Lorsqu’une jeune femme a découvert et acheté pour une somme modique, il y a quelques mois, un petit ensemble de portraits cartes-de-visite de faible valeur contenant le portrait d’un jeune homme aux cheveux ébouriffés, elle a longuement hésité avant de se poser la question : est-il envisageable, peut-on raisonnablement croire que ce puisse être Arthur Rimbaud ? Que faisait-il, si c’est lui, en Autriche ?
En 2025, est-il toujours possible de trouver un portrait photographique inconnu de Rimbaud ? Peut-on en démontrer l’authenticité ?
Nous vivons à une époque marquée par le scepticisme, souvent échaudés par les avancées technologiques qui alimentent le doute et modèrent l’enthousiasme.
Cette enquête aborde la question sous plusieurs angles classiques : l’authenticité, la ressemblance, la vraisemblance, la cohérence avec les récits connus et la conformité de chaque trait avec les portraits confirmés de Rimbaud.
Pendant plusieurs mois, les efforts de l’enquête ont donc été portés alternativement sur l’analyse de l’objet et l’enquête extérieure, à la recherche d’un texte d’époque, d’un témoignage de quelqu’un ayant croisé Arthur Rimbaud, pouvant documenter l’existence de ce portrait telle une pièce à conviction dans une enquête de police scientifique.
Malheureusement, il est très improbable d’espérer retrouver les archives du photographe Hofbauer, l’histoire de la Ville de Vienne n’offre pas beaucoup de tels documents, après de nombreuses guerres et destructions.
En revanche, on a rencontré le témoignage inédit de quelqu’un qui a croisé Arthur Rimbaud à Vienne, un veilleur de nuit municipal, du nom de Fuchs qui a transmis le récit de la rencontre à des policiers et à un journaliste qui en a rendu compte dans un journal. La découverte sensationnelle d’un article du Fremden-Blatt, relatant l’arrestation de Rimbaud à Vienne, a définitivement établi la vraisemblance d’un séjour prolongé dans la capitale autrichienne.
Il n’existe qu’un seul exemplaire préservé de ce journal, à la Bibliothèque nationale. L’article, très précis, fournit énormément de détails sur la date, les lieux, les circonstances et l’habillement.
Cela a naturellement réorganisé la méthode de l’enquête en fonction de chaque détail, devenu élément positif et non plus hypothèse.
L’enquête a également été influencée par les progrès très récents des technologies numériques qui permettent de tester, avec l’intelligence artificielle, les luminosités et les contrastes sans altérer l’image de départ et de manière absolument réversible, ce qui est fondamental dans une démarche scientifique.
Il est également important de mentionner ici que les polémiques virulentes sur certains portraits d’Arthur Rimbaud, discutés depuis 15 ans, ont en quelque sorte aiguisé les experts et le public qui ont vu la recherche et les discussions s’enrichir de raisonnements de plus en plus affinés.
Simultanément, les nombreuses études philologiques, les éditions savantes des textes et des correspondances de Rimbaud, mais aussi de ses proches, ont été rendues de plus en plus accessibles par les méthodes de numérisation des collections publiques.
Néanmoins, il est absolument fondamental de conseiller aux lecteurs et aux amateurs de rechercher une confirmation par un accès à un original papier. Il faut aussi déplorer qu’avec la multiplication des copies numériques, les informations erronées sont de plus en plus présentes. Dans ce vacarme invraisemblable, véritable bruit cosmique qui retentit sur Internet, il est bien dangereux de confier sa recherche, sa curiosité ou son imagination à un moteur de recherche qui, bien que semblant efficace, peut facilement égarer le voyageur imprudent et trop peu préparé.
Accès au pdf : Nicephore Arthur Rimbaud a Vienne 0325