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01.01.2025 Vincent Van Gogh et ses amis, rapport d’enquete en français

Les anciennes mines peuvent révéler des trésors oubliés dans les coins obscurs. On peut évoquer l’étonnante montagne de Potosí en Bolivie où, bien des années après la fin de l’exploitation des mines d’argent, il existe encore des milliers d’individus isolés creusant dans le noir, dans l’espoir de tomber sur un filon qui les mènerait vers une vie meilleure. Dans le monde de l’art, les amateurs savent aussi qu’un objet modeste, doté d’une grande provenance, peut révéler un potentiel insoupçonné.

Dans les années 1920, le libraire d’origine anglaise Ronald Davis manipule de nombreux trésors culturels. Il jouit de la confiance de plusieurs personnalités de la haute société, et en particulier, il est le fournisseur attitré de Miriam Alexandrine de Rothschild. Elle s’intéresse aux manuscrits d’artistes, comme les lettres des néo-impressionnistes et de Vincent van Gogh.

Ronald Davis est au sommet de sa gloire lorsqu’un après-midi d’août 1931, alors qu’il discute paisiblement dans son cercle parisien, il est frappé mortellement à la nuque par un joueur de golf s’entraînant dans un salon. Il laisse à sa veuve une quantité de livres, de manuscrits et de papiers divers qui feront le bonheur et la fortune de ceux qui sauront trouver les clés pour exploiter cette mine.

Or, les années passent et, avec les saisons, l’oubli efface peu à peu le nom du libraire, puis celui de son célèbre établissement de la rue du Faubourg Saint-Honoré, Chalvet. Au début du XXIe siècle, après que bien des experts s’y soient succédés, la résidence bretonne de Ronald Davis est entièrement vidée pour être vendue. Le temps d’un week-end, le public est invité à choisir parmi les casseroles, verres, bols, assiettes dépareillées et quelques dizaines d’ouvrages, ainsi que divers objets de vitrine et de modestes gravures encadrées, proposés pour des sommes dérisoires. C’est alors qu’une journaliste du Télégramme de Brest et son compagnon, curieux, fouillent dans la maison et achètent, pour une somme symbolique, deux enveloppes contenant des cartons photographiques particulièrement sombres et peu visibles, mais qui retiennent leur attention.

Sur l’un des cartons, un portrait de groupe de six hommes attire leur regard. Deux d’entre eux sont habillés à la mode de Pont-Aven, tandis que les autres portent des costumes typiques des années 1880-1890. La journaliste, faisant le lien entre Pont-Aven et cette période, pense qu’il vaut la peine de tenter d’identifier ces visages en les rapprochant des portraits des artistes ayant fréquenté l’école de Pont-Aven.

Pensant reconnaître les visages de Félix Jobbé-Duval, Paul Gauguin et Émile Bernard, ils me contactent pour me confier la seconde partie de l’enquête : identifier les autres personnages, comprendre l’origine de ces cartons photographiques singuliers dans l’histoire de la photographie, et contacter, avec tous les indices concordants, les historiens de l’art et les musées pour soumettre l’identification à leur jugement.

Au printemps 2015, après une année d’enquête, non seulement les portraits de Jobbé-Duval, Gauguin et Bernard sont confirmés, mais le lieu est également identifié : il s’agit de la cour du 96-98 rue Blanche. Les trois autres personnages sont également identifiés. Debout, se trouve André Antoine, fondateur du “éâtre-Libre dont la salle de répétition est accessible par cette cour. Tout à gauche, se trouve Hendrik Konink, un jeune peintre hollandais, protégé des Van Gogh, qui sera le locataire de Théo après le départ de Vincent pour Arles.

Le personnage assis, fumant sa pipe et posant son bonnet de fourrure sur la table, entouré de ses amis célèbres, n’est autre que Vincent van Gogh, dont on ne connaissait jusqu’alors aucun portrait photographique datant de sa vie d’artiste en France.

L’annonce de cette découverte, de l’enquête et de la mise en vente du carton photographique lors d’une vente aux enchères à Bruxelles provoque un certain émoi, non seulement parmi les amateurs et les curieux, mais également dans les médias, jusqu’aux télévisions d’Amérique du Nord.

Le musée Van Gogh d’Amsterdam intervient alors avec un communiqué officiel ne reconnaissant pas les résultats de l’enquête. Ce communiqué est suivi d’un e-mail plus personnel et détaillé dans lequel le département de recherche du musée reconnaît uniquement Jobbé-Duval et refuse l’identification de Vincent van Gogh, en s’appuyant sur une photographie d’enfance de Vincent.

Depuis, cette photographie supposée de Vincent enfant a été réattribuée par les historiens, ainsi que par le musée lui-même, à son frère “éo van Gogh. Et tout le monde s’accorde à dire que Théo van Gogh ne figure pas sur le portrait de groupe de la rue Blanche.

Il semble nécessaire ici de dire quelques mots sur l’infaillibilité supposée des musées, des ayants droit et des administrateurs de fondations artistiques. Alors que les vieilles démocraties occidentales regrettent avec amertume l’évolution du métier de journaliste et la disparition lente de l’esprit critique et du débat public, peu de voix s’élèvent pour déplorer une évolution similaire dans le domaine des arts. Face aux pressions énormes auxquelles sont soumis les administrateurs des institutions culturelles européennes, il leur est devenu quasiment impossible de participer à quelque débat que ce soit. Imaginez un instant les conséquences financières et juridiques auxquelles les administrateurs du musée Van Gogh devraient faire face s’il leur fallait reconsidérer les autoportraits de Vincent et rendre à Théo tous les visages de Théo.

Plusieurs années ont passé, les recherches sur la vie du peintre ont progressé et il est désormais temps de reprendre cette enquête pour la publier. Depuis longtemps déjà, les cartons photographiques ont rejoint la collection d’un amateur new-yorkais averti.

Récemment, une remarquable exposition réalisée par le Musée d’Orsay, consacrée aux trois derniers mois de la vie de Vincent van Gogh à Auvers-sur-Oise, a ravivé l’intérêt du public pour l’œuvre et la vie de cet artiste. Ce portrait de groupe, bien qu’il o!re une image quelque peu floue de Vincent van Gogh à Paris, revêt néanmoins une grande importance. Il documente une période cruciale de la vie de l’artiste, où il se trouve entouré de ses proches amis dans la capitale.

Cette photographie a été prise pendant une journée particulière, le jour de l’échange avec Gauguin et le jour de la dispute avec Bernard. Après la visite de l’exposition qu’il a organisée au Grand Bouillon, restaurant du Chalet, Van Gogh conduit ses compagnons ensuite à la salle de répétition du “éâtre Libre, rue Blanche, située à quelques centaines de mètres. C’est dans ce cadre que se produit une dispute célèbre, dont les répercussions auront une grande importance. Sans vouloir empiéter sur les prérogatives des critiques d’art et des spécialistes, il semble possible de relier cet événement à la jalousie notoire d’Émile Bernard, qui, à cette occasion, exprime violemment son ressentiment envers Paul Signac, avec qui Van Gogh exposait rue Blanche. Cette altercation est suivie de la première lettre de Van Gogh à Bernard, marquant le début d’une correspondance importante. La première lettre de Paul Gauguin à Van Gogh fait également écho à cette journée.

Les historiens auront tout le loisir d’éclairer la manière dont cet épisode parisien a pu influencer le départ de Van Gogh pour Arles, prélude à l’une des périodes les plus décisives de sa carrière.

Une exposition viendra accompagner cette publication, prévue en anglais, en italien et en français, permettant ainsi au public de se forger sa propre opinion. Tous les commentaires seront les bienvenus, et les contributions des institutions et spécialistes seront accueillies avec le plus grand respect et la plus grande attention.

Serge Plantureux, Senigallia, 30 septembre 2024

Rapport d’enquete en français, accès au pdf :

Nicephore Vincent Van Gogh FR 1024

14 Mars 2025. Suite à un commentaire envoyé par M. de Robertis on publie ici quelques portraits pour comparaison

On peut comparer l’implantation des cheveux, la pipe, le bonnet en fourrure, le manteau a un seul bouton

 

 

 

On peut comparer le nez, on peut s’interroger sur la présence d’une casquette typiquement hollandaise.

 

 

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